Pourquoi de grandes marques abandonnent le Nutri-Score et ce que cela change pour vous ?

Mains anonymes comparant les étiquettes nutritionnelles de deux produits alimentaires en rayon de supermarché

Le retrait du Nutri-Score par plusieurs grands groupes a créé une discussion importante autour de la transparence alimentaire et de la capacité des consommateurs à comparer des produits. Ce recul — visible dans la légère baisse de la part de marché d’un étiquetage jusque-là présenté comme un repère simple — soulève des questions pratiques pour les familles, les professionnels de santé et les acheteurs quotidiens.

Que signifie la baisse récente du Nutri-Score pour le consommateur ?

Entre 2024 et 2025, la part de marché des produits affichant le Nutri-Score est passée de 64 % à 63 %, selon l’Observatoire de l’alimentation (Oqali). À première vue, la variation semble minime, mais elle traduit une tendance ciblée : des acteurs majeurs du secteur alimentaire ont retiré l’étiquetage sur certaines gammes, ce qui réduit la lisibilité là où elle serait la plus utile. Ce phénomène crée une fracture d’accès à l’information entre produits de marques nationales et marques de distributeur.

Pourquoi des marques comme Danone ou Kellogg’s choisissent-elles de retirer l’étiquetage

Plusieurs décisions de retrait interviennent après une mise à jour du calcul du Nutri-Score qui valorise davantage les fibres et les protéines végétales tout en pénalisant plus fortement le sucre et le sel. Confrontés à une dégradation de la note de certains produits emblématiques, certains industriels préfèrent retirer l’étiquette plutôt que d’afficher un score moins favorable. L’Oqali note que, malgré l’adhésion de 85 nouvelles entreprises entre juin 2024 et juin 2025 (1 462 entreprises engagées au total), le volume de produits étiquetés a légèrement reculé en raison de ces retraits stratégiques.

Boîtes de céréales et produits laitiers sucrés sur un rayon de magasin
Les céréales petit-déjeuner et desserts laitiers sont parmi les catégories les plus touchées par les retraits du Nutri-Score.

Qui reste engagé et qui se retire ?

Les marques de distributeur affichent un engagement quasi total, conservant la notation même lorsque les résultats sont défavorables. À l’inverse, les marques nationales ont vu leur taux d’adhésion diminuer — un élément observé dans 20 secteurs sur 29 étudiés par l’Oqali. Les céréales petit-déjeuner et les produits laitiers/desserts frais figurent parmi les catégories les plus touchées, avec des reculs notables des marques nationales engagées.

Comment interpréter l’absence de Nutri-Score sur un produit ?

L’absence d’étiquetage n’implique pas une composition neutre. Pour un consommateur, l’absence peut signifier plusieurs choses : un retrait suite à une nouvelle méthode de calcul, un choix stratégique de la marque, ou simplement un produit non encore intégré au dispositif. Surtout, pour des personnes conseillées par leur médecin — diabétiques, hypertendus, en surpoids — la disparition de ce repère complique la comparaison et peut rendre plus difficile la mise en pratique de recommandations diététiques simples.

Que faire lorsque le Nutri-Score manque sur un emballage ?

Plutôt que de rester dans l’incertitude, vous pouvez adopter quelques gestes concrets pour évaluer un produit sans Nutri-Score :

Gros plan sur une liste d'ingrédients et les valeurs nutritionnelles d'un emballage alimentaire
Examiner la liste d’ingrédients reste le meilleur moyen d’évaluer un produit sans Nutri-Score.

  • Regardez la liste d’ingrédients pour repérer sucres ajoutés, matières grasses d’origine inconnue et additifs en position élevée.
  • Comparez les valeurs nutritionnelles pour 100 g ou 100 ml (sucre, sel, fibres, protéines).
  • Privilégiez les produits dont la composition est simple et reconnaissable, surtout pour les achats fréquents.
  • Favorisez les marques ou catégories qui affichent systématiquement le Nutri-Score si la transparence est un critère important pour vous.

Quels sont les enjeux pour la santé publique ?

Le Nutri-Score a montré, via plusieurs études citées par des acteurs du secteur, un effet favorable sur des achats plus sains, notamment chez des populations moins familières avec la nutrition. Les catégories les plus concernées par les retraits — céréales sucrées, desserts lactés — sont consommées quotidiennement et souvent par des enfants. Quand des produits à fort impact nutritionnel disparaissent des radars de l’étiquetage, l’outil perd en efficacité préventive et les professionnels de santé disposent d’un repère moins complet pour leurs conseils.

Faut-il rendre le Nutri-Score obligatoire ?

Rendre l’étiquetage obligatoire est présenté par certains comme une façon de niveler le terrain et d’empêcher les stratégies d’évitement. L’idée est que l’obligation empêcherait que seuls les « bons élèves » s’affichent tandis que les produits problématiques se cachent. Toutefois, l’imposition soulève des questions pratiques et politiques qui dépassent les données d’observatoire : acceptation des industriels, modalités de calcul, et impact réel sur l’offre produit. Ce débat reste ouvert et mérite d’être abordé en tenant compte des limites d’un système d’étiquetage unique.

Observations pratiques pour professionnels et décideurs

Les données de l’Oqali reposent sur l’analyse d’achats issus de plus de 20 000 ménages et près de 19 millions d’actes d’achat, ce qui donne un éclairage robuste sur les comportements effectifs. Pour les professionnels de santé, cela signifie qu’il faut anticiper des zones d’incertitude dans les conseils nutritionnels et apprendre à guider les patients vers des méthodes simples d’évaluation des produits en l’absence du Nutri-Score. Pour les décideurs, la clé est d’évaluer si un cadre réglementaire plus contraignant améliorerait réellement la santé publique ou s’il encouragerait des ajustements de formulation insuffisants.

FAQ

Comment savoir si un produit sans Nutri-Score est moins sain ?

La seule absence d’étiquette ne suffit pas à juger la qualité. Examinez la liste d’ingrédients et le tableau nutritionnel pour 100 g ou 100 ml : attention au classement et à la proportion de sucres ajoutés, de sel et de matières grasses. Comparez deux produits similaires pour repérer le plus équilibré.

Le retrait du Nutri-Score signifie-t-il que la marque cache une mauvaise composition ?

Pas nécessairement, mais souvent le retrait survient après une mise à jour qui dégrade la note d’un produit. Il s’agit d’un choix stratégique possible, et non d’une preuve directe de mauvaise qualité. Restez prudent et vérifiez les informations nutritionnelles disponibles.

Les études montrent-elles que le Nutri-Score modifie vraiment les achats ?

Plusieurs études citées par les acteurs du secteur indiquent que le Nutri-Score favorise des achats plus sains, surtout chez les consommateurs moins formés à la nutrition. Ces résultats expliquent pourquoi la généralisation de l’étiquetage a un intérêt en prévention.

Que peuvent faire les professionnels de santé face à cette fracture d’information ?

Ils peuvent former leurs patients à lire les tableaux nutritionnels, proposer des repères simples (limiter sucres et sel, privilégier fibres et protéines), et recommander des marques ou produits transparents. L’accompagnement pédagogique compense en partie l’absence ponctuelle d’étiquetage.

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