Pourquoi l’Académie de médecine soutient-elle la pétition pour un Nutri-Score obligatoire ?

Allée de supermarché en journée avec étagères et mains anonymes cherchant des produits

La question du Nutri-score obligatoire revient sur le devant de la scène après une pétition soutenue par des figures médicales et plus de 58 000 signataires, mais l’affichage systématique se heurte à un verrou européen qui empêche aujourd’hui la France de l’imposer seule.

Pourquoi la France ne peut-elle pas rendre le Nutri-score obligatoire ?

Le cœur du problème est réglementaire. Le règlement européen 1169/2011 encadre l’étiquetage des aliments au niveau de l’Union et empêche les États membres d’imposer un logo nutritionnel national sans harmonisation préalable. En pratique, cela signifie que même si l’Assemblée nationale débattait d’un projet pour rendre le Nutri-score obligatoire, Paris resterait limité par le droit communautaire tant qu’un accord européen contraignant n’existe pas.

Documents officiels et textes européens sur l'étiquetage alimentaire
Le règlement européen 1169/2011 encadre l’étiquetage des aliments au niveau de l’Union.

Cette contrainte s’est forgée au fil de négociations où se sont affrontés intérêts publics et pressions de l’industrie agroalimentaire. À défaut d’un compromis continental, chaque producteur conserve la liberté d’apposer ou non le logo, ce qui fragilise l’objectif d’information claire et homogène pour les consommateurs.

Que cache la pétition soutenue par la communauté scientifique ?

La pétition rassemble des noms connus du monde de la nutrition et de la santé publique — parmi eux Serge Hercberg, Mathilde Touvier, Emmanuelle Kesse et Chantal Julia — et bénéficie du soutien formel de l’Académie nationale de médecine et d’une cinquantaine de sociétés savantes et associations. Les signataires invoquent le combat contre le surpoids et l’obésité et estiment que le Nutri-score est un levier utile pour prévenir les maladies chroniques.

Le soutien est large et diversifié, ce qui donne du poids au message politique et médiatique. On retrouve notamment :

  • Académie nationale de médecine
  • Sociétés savantes comme la Société française de nutrition
  • Associations de consommateurs telles que UFC-Que Choisir
  • Organisations de défense de la santé publique comme Foodwatch

Cette coalition illustre que l’argument n’est pas purement symbolique : pour beaucoup de professionnels de santé, l’absence d’un affichage obligatoire constitue une perte d’opportunité d’information pour le grand public.

Quels sont les effets du régime volontaire sur le terrain ?

Depuis le lancement du Nutri-score en 2017, le placement du logo relève du volontariat. Cela crée plusieurs effets concrets et observables : certains industriels qui obtiendraient des notes défavorables s’abstiennent d’afficher le score, tandis que d’autres sélectionnent uniquement leurs produits mieux notés pour améliorer leur image. Cette pratique génère une information inégale et parfois trompeuse pour le consommateur.

Rayon de supermarché montrant produits avec et sans labels nutritionnels
Le régime volontaire crée une information inégale selon les fabricants.

La révision du mode de calcul en 2024 a intensifié ces tensions en pénalisant davantage les produits sucrés, ultra-transformés ou comportant certains additifs — ce qui a poussé des marques à retirer le logo. Cette dynamique montre la fragilité d’un système non contraignant : la fiabilité perçue du label dépend autant des règles techniques que de la volonté des fabricants.

Quelles stratégies réalistes pour faire progresser l’affichage du Nutri-score ?

Plusieurs voies existent, mais aucune n’est simple ni rapide. À court terme, la pression conjointe des professionnels de santé, des associations et des consommateurs peut encourager une adoption plus large de manière volontaire. À moyen terme, l’option la plus solide reste une harmonisation au niveau européen qui permettrait d’aligner règles et application sur l’ensemble du marché unique.

Il faut aussi reconnaître les limites politiques : obtenir un règlement contraignant suppose des négociations entre États membres aux intérêts divergents et une résistance forte des acteurs industriels concernés. Tant que ce cadre européen n’évolue pas, l’obligation nationale restera hors de portée.

Quelles pistes d’action pratiques existent pour les décideurs ?

Les autorités publiques peuvent renforcer la communication et les campagnes d’éducation nutritionnelle, favoriser la transparence des calculs derrière le score, ou conditionner certains avantages réglementaires ou achats publics à l’adoption du Nutri-score. Ces mesures ne remplacent pas une obligation légale, mais elles peuvent augmenter la pression économique et sociale en faveur d’un affichage plus systématique.

Que pouvez-vous faire en tant que consommateur ?

Si vous voulez agir immédiatement, privilégiez les produits affichant le Nutri-score pour encourager les fabricants à jouer le jeu, soutenez les associations qui militent pour une information plus claire, et demandez des informations aux marques qui n’affichent pas leur score : le marché réagit souvent aux comportements d’achat et aux signalements répétés.

FAQ

Le Nutri-score est-il reconnu dans toute l’Europe ?

Le Nutri-score est adopté par plusieurs pays européens mais son usage n’est pas harmonisé à l’échelle de l’Union; chaque État peut le promouvoir, mais il ne peut pas l’imposer de manière unilatérale sans décision européenne contraignante.

Pourquoi certaines marques refusent-elles de l’afficher ?

Des industriels estiment que leurs produits seraient mal notés selon les règles actuelles, notamment après la révision de 2024. Par conséquent, certains choisissent de ne pas apposer le logo pour éviter un impact négatif sur leur image commerciale.

Une obligation nationale serait-elle inenvisageable à long terme ?

Elle n’est pas totalement impossible, mais elle dépendrait d’un changement du cadre juridique européen ou d’un accord au niveau de l’Union ; sans cela, une initiative purement nationale risquerait d’être contestée au regard du droit communautaire.

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